Anecdotes pédagogiques #1

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Aujourd’hui c’est dimanche et à Paris il fait un temps mi-figue mi-raisin, suffisamment mi-figue quand même pour aller poser tes fesses au Parc Floral de Vincennes une heure ou deux. Bref, un temps à s’enfoncer dans les canapés mouf mouf de ton chez toi et pourquoi pas commencer à noter les anecdotes pédagogiques qui marquent ton quotidien depuis la nuit de ta naissance.

Et parce que je sens que ma mémoire n’est plus ce qu’elle était et qu’il faut bien un endroit où répertorier ces précieux souvenirs, je me suis dit que je pouvais tout aussi bien les partager avec toi !

La première dont je vais te parler date de l’année où j’ai été assistante en Italie. Mes 1m63 de l’époque se répartissaient donc les rôles de véhicule-de-l’oral, de prof-qui-fait-des-cours-magistraux-sur-des-sujets-pas-glamour-comme-la-France-administrative et de p’tit-bout-de-nana-qu’est-plus-jeune-que-ses-élèves-de-terminale. Autant te dire que quand t’arrives dans la classe la première fois, t’as beau te dire que même si t’as survécu à la danse d’accueil déguisée en Sir Rabano du Bulbe (devant 46 mômes dont la moitié pleure papa et maman, le quart veut juste manger, le tiers du quart restant te dévisage bizarrement, le deuxième tiers dort aux trois quarts, le dernier tiers moins un a peur de toi et le dernier, irréductible pitchoun de 6 ans tire sur ta tenue que t’as mis au moins 4 jours à fabriquer en te demandant, avec ses grands yeux ronds, « dis, fais-moi un câlin ») tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être mangée.

Bon finalement, ça se passe pas si mal, tu te débrouilles bonant malant, t’arrives même à glisser quelques blagues, les élèves se décomplexent, bref t’es content. Ou contente si, comme moi, tu es une fille. Bon mais, décomplexer c’est cool, sauf quand ils prennent un peu trop leurs aises. Mais si, tu sais, le petit couple de 14 ans que tu trouves trop mignon (Bonhomme porte le sac de Mamz’elle, Mamz’elle le laisse recopier ses exercices faits à la maison, une vraie relation pleine de complicité, d’insouciance !). Oui enfin trop mignon, jusqu’à ce que ça se mette à se tripoter en classe, persuadé que tu n’y vois strictement rien. Oui parce que, toi, élève de collège ou de lycée qui me lis, sache que le professeur voit tout et que s’il ne dit rien, c’est par choix (on pourra éventuellement discuter de l’intérêt de se taire, ou pas.. plus tard).

La situation est donc la suivante, tu es en cours, tu as face à toi une vingtaine d’élèves dont le petit couple assis devant sur la gauche qui commence à prendre ses aises. La position dans laquelle tu te trouves, de manière plus concrète, est la suivante : tu n’es officiellement qu’assistant, tu es donc plus proche de tes élèves (de par ton âge et ton statut), tu sais que ces deux zozos amoureux se sont déjà faits coincés plusieurs fois pour excès d’enthousiasme (disons-le ainsi) et que s’ils recommencent, ils risquent le renvoi. Tu sais également que si tu les dénonces, comme le veut la règle de l’établissement, tu vas être détestée par eux mais aussi par tous leurs camarades. Tu sais aussi que tu ne peux pas fermer les yeux, après tout, ce n’est ni le lieu, ni le moment. Tu sais enfin que, dans leur contexte familial, ils n’ont d’autre moyen que de se retrouver et de s’aimer la tête dans la cuvette des toilettes (franchement craspouilles) du lycée et que franchement il y a mieux.

Maintenant que tu as toutes ces données à l’esprit, quel serait ton plan d’action ? Je ne sais pas dans quelle mesure mon choix à ce moment-là est « éthique et responsable », mais il a résolu mon problème immédiat et ne m’en a pas créé d’autres.

J’ai donc fait une pause dans mon cours, pris une longue, très longue inspiration, vérifié que tous mes appuis étaient bien ancrés dans le sol, sur le bureau et je me suis lancée (en version italienne, mais voici pour toi la traduction) :

Votre activité m’a l’air visiblement passionnante mais elle nous empêche de nous concentrer. Alors je vous suggère d’aller faire un tour dehors, de toutes façons Bonhomme aura probablement fait sa petite affaire en quelques minutes, vous ne manquerez donc pas grand choses de notre discussion.

Entre véritables fous-rires, rires gênés et teint tomate, l’incident s’est clôt. Il ne s’est plus jamais réitéré avec moi et en prime je n’ai ni eu à séparer les amoureux, ni à les envoyer chez le proviseur, je ne me suis pas mise la classe à dos (au contraire) et malgré le recul, les innombrables récits de cette aventure je continue d’assumer mon choix. Et à ceux qui hurlent que c’est honteux de laisser des profs humilier ainsi leurs élèves, je répondrai que ce n’était pas une véritable humiliation, mais une pirouette qui a permis que tout le monde reparte bons amis !

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.