Décrochage scolaire : un Monde

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Souvent, au cours des interventions du Terrain, au moment où nous parlons de “décrochage scolaire”, il arrive que des yeux se perdent dans le vide et que nos auditeurs décrochent, à leur tour, de notre discours. L’imaginaire que nous avons, en temps que professionnelles, du mot “décrocheur” semble ne pas être clair, et surtout, n’évoque visiblement pas la même chose chez tout le monde.

La définition exacte de décrochage scolaire, vous la trouverez facilement : “Le décrochage scolaire est l’arrêt (par abandon) d’études secondaires avant l’obtention d’un diplôme.” C’est sur cette définition, manquante de notre point de vue, que nous comptons revenir aujourd’hui.

Non, le décrochage scolaire va au delà de ‘l’abandon ou de l’arrêt” des études secondaires. Le décrochage, c’est se détacher émotionnellement, intellectuellement, ou physiquement de l’école. Et parfois, des trois façons.

Notre définition, notre légitimité à évoquer ce sujet, à y apposer notre nuance, notre regard, nous la tirons de notre expérience d’enseignement à des jeunes en décrochage scolaire.

Leur point commun ? Avoir coupé le lien avec l’École. Les raisons ? Elles sont aussi nombreuses que les individus : schémas familiaux complexes, accidents de vie, phobie scolaire, phobie sociale, harcèlement, handicap, troubles en “dys”, précocité émotionnelle et/ou intellectuelle. Leurs âges ? de 10 à 21 ans. 

Étaient ils démunis intellectuellement ? Non. Étaient ils immatures ? Bien au contraire. Etaient-ils des cancres ? Non, ou pas volontairement. Avaient-ils souffert d’un modèle éducatif inadapté à leurs besoins : oui.

Et il est là, le coeur du problème, le coeur de notre message. Le système éducatif actuel, pourtant capable de produire chaque année des pelotons entiers pour facs et écoles en tous genres, n’en finit pas d’éjecter de son giron, comme une gigantesque centrifugeuse déréglée, des poignées et des poignées d’élèves, chaque année, et de plus en plus. 

Ces élèves, ils ne sont ni moins intelligents, ni moins volontaires, ni moins responsables que les autres. Peut être sont-ils juste moins résilients, moins aptes à faire face à ce qui est aujourd’hui – et peut être depuis longtemps – devenu un système inégalitaire.

Il serait erroné de chercher la cause dans un rejet de l’autorité ou du cadre. C’est d’ailleurs un bien faux et incomplet procès à faire aux adolescents de cette génération, qui en cela ne diffèrent pas de leurs aînés, ni des générations se suivant à cet âge. L’adolescence est bien le temps de la déconstruction, de la remise en question, et in fine, de la construction de ce qui tient si ironiquement cher à notre société : l’esprit critique. Non. Ces adolescents ne rejettent pas le cadre, l’autorité. 

Ils le questionnent, car ils le souhaitent solide, cohérent, logique. Rien de plus.

Il serait aussi manquant et incomplet d’attribuer aux technologies de notre temps la responsabilité de ce décrochage. En liant un peu plus les intimités, les quotidiens et paroles, elle n’est pas plus qu’un accélérateur de choses déjà en germe.

Non, le décrochage scolaire, de ce que nous avons pu en voir, n’est rien d’autre que le chant du cygne d’une population plus sensible au mouvement de la société.

Comme on apportait autrefois des canaris – plus sensibles que les Hommes – dans les mines pour prévenir les fuites de gaz mortels, les décrocheurs scolaires sont nos canaris.

Ils sont ces individualités fragilisées et complexes, qui chantent leur désaccord et leur incapacité à faire avec le monde scolaire. Un monde d’excellence mensongère et monolithique, taillée dans le bois de la culpabilisation, du rendement, de la compétition. 

Un monde qui produit des infériorités, des complexés. Un monde qui ne se donne plus pour mission de donner des racines et des ailes aux générations qui suivent, mais seulement celle de produire, tout court.

Face à ce défaut de sens, les canaris tombent.

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.