La pédagogie par projet, solution au décrochage scolaire ?

Le Terrain > Blog > La pédagogie par projet, solution au décrochage scolaire ?

Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Ok. Le nom semble dérouler un imaginaire éloquent. Mais, comme on dit aux poussins que l’on accompagne, rien ne vaut une définition des termes du sujet. Histoire qu’on soit tous d’accord sur ce que l’on entend, ici sur le Terrain, par l’expression pédagogie par projet. PPP pour les intimes ! 

Si l’on compile les infos de quelques articles lus ici et là, la pédagogie par projet se veut être une façon de transmettre par laquelle l’apprentissage se fait via le biais de la mise en place d’un projet. Ce serait tout bonnement une “entreprise qui permet à [un ou plusieurs] élèves de réaliser une production concrète socialisable, en intégrant des savoirs nouveaux”. Michel Hubert, Apprendre en projets : la pédagogie du projet-élèves, Chronique Sociale, coll “Pédagogie Formation”, 1999.

Exposés, Soutenance de projet pour le brevet, TPE en première sont des formes de PPP. Le manque d’encadrement, l’absence de maîtrise d’outils professionnels (ou juste de réflexion autour de la gestion de projet) de la part des professeurs qui les encadrent sont pour nous une des raisons de leur -trop souvent- coquille vide et de fait, déception des élèves. L’idée est louable, l’exécution, en revanche, souvent ratée. 

Mais alors, pourquoi le Terrain s’intéresse-t-il à la Pédagogie par Projet ? Et bien parce que lorsqu’elle est pensée dans son intégralité, elle permet non seulement d’acquérir de nouvelles connaissances mais surtout de développer des compétences qui seront valorisables et actionnables sur le marché du travail. Elle permet ainsi de palier trois ennemis de la déscolarisation : la passivité, l’absence de sens et l’absence de méthode.

Pour nous, le décrochage scolaire s’essentialise en trois axes qui exacerbent les difficultés mécaniques des élèves : l’absence de sens, l’absence de méthodes et les fausses croyances.

L’absence de sens vient du fait qu’aujourd’hui, l’accès à la connaissance ne nécessite plus des heures et des heures d’apprentissage. Google sera bien plus efficace et pertinent en termes de connaissances brutes qu’à peu près n’importe quel professeur d’histoire. Le rôle de celui-ci évolue de passeur d’informations à pédagogue. Alleluia ! Peut-être sommes-nous en passe de repenser la formation pédagogique des enseignants ? Ok. Je m’égare.

De fait, quand un élève ne comprend pas l’intérêt de ce qui lui est transmis, quand il ne voit pas en quoi cela peut lui être utile parce qu’il a l’impression que l’information délivrée est décorrélée de son réel, il décroche. Et qui n’a jamais décroché d’un cours théorique ? Ne serait-ce que le temps d’une séance ? Regardé par la fenêtre ? Câliné le chauffage en attendant que cela passe ? Jetez-moi la pierre si je suis la première à avoir eu une scolarité que l’on dit “brillante” et à pour autant avoir passé certains cours à lire Harry Potter plutôt que prendre des notes, ou d’autres encore à avoir indécemment flirté avec mon compagnon de table !

C’est dans ces moments-là que nous pensons que la Pédagogie par Projet peut être un moyen de raccrocher les wagons de l’apprentissage. Pour faire court (sinon cet article va durer des kilomètres et des kilomètres) imagine un ado. Un ado en décrochage scolaire parce qu’il a l’impression que le contenu scolaire c’est une coquille vide : lui veut faire de l’informatique. Plus précisément être développeur. En bon autodidacte, il a déjà bidouillé un peu de Python – scratch ayant été depuis longtemps relégué aux plus débutants -. Pour lui, le français tel qu’enseigné n’a aucun intérêt. C’est bon l’orthographe, c’est relatif hein, t’arrives à lire quand même. Et puis la syntaxe ? Quoi ? Pas de ponctuation, où est le problème, ça reste compréhensible ce que j’ai voulu dire. Bref. Tu vois le tableau. Pourquoi ne pas lui proposer un projet de site qu’il va devoir coder mais dont il va devoir également rédiger le contenu avec pour challenge d’avoir 20 personnes inconnues qui s’inscrivent à sa newsletter ?

C’est sur cet exemple que je passe, sans transition, ou presque, à l’idée que la PPP permet, outre l’ancrage au réel et donc le sens au coeur de l’apprentissage, l’acquisition de méthodes de travail. On ne mentira pas, il n’y a pas UNE méthode universelle qui fonctionne pour tous, de manière égale. En revanche, certains traceurs d’organisation, permettent la flexibilité nécessaire à l’épanouissement de chaque type de personnalité. Et puis surtout, quand on a une deadline pour un projet professionnel (ou perso hein ! ça marche aussi), le “tout-dernière-minute” peut certes fonctionner, mais générer du stress et mettre à mal les relations avec ceux avec qui on interagit. Ces savoir-être (ou soft skills comme on aime à les appeler dans le monde pro où un brainstorming est nécessaire avant de se faire un call ASAP) font partie des clefs dont les ados ont l’impression de cruellement manquer. 

Voilà pourquoi, sur le Terrain, nous avons pensé notre année autour de la notion de projet. La big picture étant le projet personnel formulé lors de notre dernière phase d’accompagnement. Pour autant, tout au long de l’année sont distillés des “minis projets”, ancrés dans le réel, par le biais de collaboration avec d’autres startups, de participation à des projets régionaux, nationaux. Avoir un catalogue suffisamment large afin que chacun des 12 adolescents que nous accompagnons y trouve son compte et puisse enfin être dans une position active face à son apprentissage. Cela nous permet de mettre en exergue deux valeurs auxquelles nous tenons particulièrement : l’adaptabilité et en finir avec la posture de sachant. Adaptabilité parce que la PPP permet de mettre en place la variété d’acquisition de connaissances nécessaires afin que tous les profils d’apprentissage (auditif, kinesthésique, visuel) s’y retrouvent. En finir avec la posture de sachant car chaque projet ayant ses propres particularités, il sera appréhendé différemment par chaque adolescent ou collectif d’ado qui se penchera dessus. De fait, cela nous impose de sortir de la relation ascendante de la transmission et dédramatiser le rapport à l’apprentissage. On est tous, en constante posture d’apprenant. L’aventure du Terrain, c’est avant tout une aventure du partage. Nous sommes le cadre qui garantit l’épanouissement de chacune des individualités que nous accompagnons.

Bibliographie 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.