Phobie scolaire et rapport à la réussite : un lien causalité ?

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Au cours de notre expérience dans l’accompagnement de jeunes décrocheurs scolaires, il est un facteur que nous n’avons pu ignorer, un aspect de ce phénomène qui se fait criant et remarquable : le développement d’un rapport phobique à l’école chez certains d’entre eux, autrement appelé “phobie scolaire”.

On définit la phobie dans le langage courant par une peur  “démesurée” et “irrationnelle” de quelque chose.

 C’est justement sur cette supposée “l’i-raison” que nous aimerions revenir.  La peur d’aller en cours, peut-elle être encore systématiquement associée à l’idée de “démesure” et “d’irrationnel” ? N’y a t-il pas, dans ce phénomène loin d’être négligeable, des éléments bien au contraire logiques et compréhensibles permettant de l’expliquer ?

Lors de nos nombreux entretiens avec des adolescents ayant été identifiés “phobiques scolaires”, et au cours de nos accompagnements pédagogiques, il n’est pas rare qu’un certain schéma se dessine en filigrane de ce qui se révéla très souvent être une peur très consciente et très bien verbalisée : la peur de l’échec, et juste cachée derrière, la peur du rejet.

C’est tout. Rien de nouveau dans ce constat, il a été mille fois dit et mille fois théorisé : face à l’adversité, il y aura toujours, au choix (ou non) : de la colère, de la peur, et/ou du repli. L’École vue comme une adversité, l’école vue comme source d’échec. Il est bien là, pour nous, le nœud du problème.

Et si les schémas de peur de l’École ne se nourrissaient pas, parfois, juste de ça : de la certitude, chez nombre d’entre eux, que l’Ecole ne peut être qu’une source d’échec. A quel moment, dans l’éducation d’enfants intelligents, sensibles, talentueux, l’Ecole a-t-elle bien pu se résumer à cette polarité-là : échec ou réussite ?

Quelle genre de binarité absurde et irréelle s’est glissée sur les bancs de l’école pour que toute tentative pour apprendre, sortir de sa zone de confort, expérimenter, oser, croire, rêver, construire, soit avortée avant même les premiers élans ?

A quel moment avons-nous fait croire qu’il existait réellement une différence entre les échecs et les réussites, à quel moment les avons-nous théorisés si forts, essentialisés jusqu’à la lie, pour qu’il n’existe aux yeux de tellement d’adolescents que deux choix : 

  • Réussir du premier coup, parfaitement et avec les honneurs, la gloire et le respect. Être un gagnant, un faiseur.

Ou

  • Échouer, tomber, être incapable, médiocre, honteux. Être un perdant, une victime, un assisté.

Cette essentialisation de la réussite et ce fantasme d’excellence, non content de ne plus produire les experts de demain, ne construit plus d’individus libres : elle crée des complexés, des peureux, des malheureux.

La phobie scolaire, ou la pression d’un fantasme.

One thought on “Phobie scolaire et rapport à la réussite : un lien causalité ?

  1. Pauline dit :

    Face à une situation menaçante, l’humain à tendance à réagir parmi l’une de ces trois façons : le combat, l’immobilisme ou la fuite.

    Bravo et courage aux élèves qui combattent l’adversité, à ceux qui subissent silencieusement, et aussi à ceux qui ont fuit pour se préserver ! Puissent-ils tous oser demander de l’aide et la recevoir !

    PS : A quand un monde où l’erreur sera reconnue comme source d’apprentissage ?

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.