Ado en confinement : leurs points de vue

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

A force de voir passer des articles sur les ados et la distanciation sociale. A force de lire les clichés de l’ado sale qui ne se lave qu’un jour sur deux, qui fait sa crise (peut-être penserons-nous un article sur le fantasme de la crise d’adolescence de la part des adultes !) ne se change pas, ne décroche pas de son écran (Oups, suis-je une ado ? Ah non, attends, ça va, moi c’est pour le boulot. Et le pyjama tous les jours c’est parce que je n’ai pas eu le temps d’acheter des vêtements de grossesse adaptés. Ouf. C’est bon. L’honneur est sauf. Tout s’explique). A force de visionner l’expansion d’un manichéisme bien pensant, parangon de la contradiction : certes, les ados sont aussi impactés que nous autres adultes par la situation, mais bon, quand même, ils pourraient faire des efforts, travailler plus, se contraindre d’eux-mêmes à ne pas passer trop d’heures sur les écrans, être aimables, enjoués, etc.

A force de tout ça, et d’une hypocrisie grinçante et croassante, on a voulu, nous aussi, apporter notre pierre à l’édifice. Pas de conseils, pas de poncifs sur comment occuper intelligemment ton ado pendant le confinement. Un simple espace de paroles : les leurs. Alors voici une petite compilation des réponses que nous avons reçues. 

La team “je suis seul.e ” :

L’isolation, la solitude : c’est pas facile. Ca m’angoisse à la mort. J’ai l’impression de revivre mes années noires, où les pensées destructrices m’accablaient. Et elles ne sont pas si loin ces pensées destructrices. Puis j’ai peur. J’ai peur pour mes proches qui ne sont pas avec moi. Je ne pourrais pas supporter de les perdre. Du coup, je m’immobilise. Je ne parviens pas à travailler. Je fais le minimum pour ne pas perdre ma bourse d’étude, parce qu’elle m’est vitale, mais pour le reste, c’est la roue libre.

La team “je relativise” :

Mais passons, on est pleins dans cette situation ou Bref, je sais qu’y a pire que moi. Noyé dans ce négatif, il y a quand même du positif, regarde, nos soignants. Merci. Merci. Merci. Et puis espérons qu’enfin, depuis qu’on le réclame, quelque chose sera fait pour l’hôpital public, parce qu’enfin, sont mis en lumière ces métiers qui semblaient insignifiants aux yeux de la population. Genre, ça, c’est méga cool. Et puis d’une certaine manière, on avait besoin de réguler le monde, le confinement nous l’impose, non ?

La team “je profite de mon cocon” : 

Malgré tout ça, j’ai la chance de pouvoir être avec ma famille, d’avoir du temps avec eux et de prendre le temps d’en profiter sereinement. Et surtout ça me permet de m’améliorer à la guitare, de passer mes partiels à la maison, ce qui est moins stressant pour moi. Je peux lire encore plus, regarder des films que je n’aurais pas pensé voir. Et j’ai découvert les apéros skype, plutôt sympa comme concept !

La team “je fais avec” :

Mon confinement est pas exceptionnel. J’ai la chance d’avoir une cour dans mon immeuble et de pouvoir jouer au foot. Donc quand ça devient trop relou, je descends et je m’aère. Puis sinon je joue sur l’ordi, tout ça en écoutant de la musique ou en regardant des séries. Et puis avec la famille, c’est un peu comme d’habitude, les embrouilles traditionnelles quoi. Côté boulot, bah y a plus le bac alors bon, ça allège la pression.

La team “je suis colère” :

Les décisions prises face aux examens : Le scandale de devoir être jugé.es, en première année de fac, sur des matières travaillées pendant le confinement, seul.es, avec des partiels en LIGNE. Or, ils n’ont aucune idée des conditions de travail des étudiants. Quid de ceux qui n’ont pas accès à un ordi ou à internet ? Quid de ceux qui sont écrasés par ce confinement, qui ne peuvent ouvrir un cours sans faire une crise d’angoisse ou de larmes ? Un goût amer d’injustice.

La team “j’analyse la situation” :

Il est possible que ce confinement réveille certains traumatismes chez les gens. Je pense notamment à ceux qui ont été hospitalisés. Ce sont en effet presque les mêmes conditions, on ne peut voir personne, on n’a le droit qu’à une sortie d’une heure maximum. La chute est longue les heures qui suivent un contact téléphonique. Et puis il ne faut pas sous-estimer tout le stress qu’engendre la maladie, la peur pour l’autre, l’inconnu de l’après.. Tout ça a un impact sur le moral des gens, adultes comme adolescents.

La team “j’aimerais sortir” :

J’ai parfois l’impression d’exploser de l’intérieur (imploser fonctionne aussi, mais l’effet est moins dramatique, j’en conviens). Les soirées avec les copains me manquent, et ça provoque des moments de dépressions. J’aime mes parents, mais c’est dur de voir toujours les mêmes personnes. Mes profs en viennent même à me manquer, il ne sont pas là pour nous expliquer les notions à apprendre, c’est difficile.

Parce que rien n’a plus de valeur que l’accès à la nuance de chacun, merci M., T., M., G., H., A., L., P., C., A., T., E., J., O., M., C., N., S., R., B., V. de nous avoir partagé vos élucubrations spéciales confinement !

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.