Mon ado a-t-il un profil asperger ?

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

“Pendant 27 ans, donc avant mon diagnostic, j’ai passé mon temps à faire semblant d’être quelqu’un que je n’étais pas. J’ai eu conscience très tôt d’être différente, je me sentais vraiment complètement décalée et donc j’ai essayé de faire de mon mieux, pour me conformer, pour rentrer dans le moule, pour faire comme les autres, pour espérer être intégrée et avoir une “vie normale”. Julie Dachez, Je suis autiste asperger et je vous explique ce que c’est.

Si comme Julie, le décalage est ton lot quotidien, tu essaies de rentrer dans le moule en te contraignant (mais à quel prix ?!), cet article est pensé pour toi.

Il m’a été extrêmement difficile à commencer. J’ai dû écrire une dizaine d’intros différentes car je sais que je me hasarde sur un sujet sensible : celui de l’autisme. Celui d’une infinité de nuances, de questionnements non répondus, de doutes médicaux, de labellisations trop facilement erronées.

Et pour autant, dans mes années d’enseignement à des ados en décrochage scolaire, j’en ai rencontré certains qui avaient été diagnostiqués “asperger”, d’autres qui ne comprenaient pas leurs difficultés à aller à l’école, à se faire des amis, à être à l’aise dans un groupe et qui ont découvert, plus tard, être – apparemment – asperger.

Je n’apposerai donc pas ici de diagnostic médical, je vais essayer de compiler les constats que j’ai pu effectuer sur les ados que j’ai accompagnés qui ont été diagnostiqués comme asperger. L’idée n’est pas de trouver une énième petite case dans laquelle contraindre un individu, mais soulager d’éventuelles culpabilisations et surtout offrir une autre grille de lecture sur certaines difficultés à faire (ou à être) ce que l’on attend d’un ado “classique”.

Les ados au profil asperger que j’ai rencontrés, semblaient avoir comme particularité les suivantes (non exhaustive bien évidemment !) :

Difficile, pour eux, de rester calmes, stoïques et efficaces face à une accumulation de consignes ou de questions etc. Comme si, dans une partie de paintball, ils se faisaient attaquer de tous côtés, incapables de décider quelle première démarche effectuer pour sortir du piège. 

Dans une même dynamique, se joindre à un groupe qui échange dans une joyeuse cacophonie semblaient extrêmement compliqué et énergivore : suivre l’ensemble des conversations, décortiquer chaque interaction demande une capacité de traiter l’information qui semblaient justement faire défaut à ces élèves.

Accéder à l’émotion de l’autre et de fait, faire preuve d’empathie est aussi une caractéristique que j’ai pu rencontrer chez ces élèves. Non qu’ils soient dépourvus d’émotions ! En revanche analyser les mimiques, les réactions, le non-verbal de leur interlocuteur, l’associer à une émotion précise et à ce que cela implique dans la complexité du ressenti les mettait en vraie difficulté.

Dans la même lignée, le second degré, ne semblait pas être compris et ainsi, cela pouvait générer de grosses mécompréhensions avec les autres élèves. 

De fait, nous avons identifié chez eux les besoins suivants :

  • Avoir du temps d’infusion de chaque consigne donnée, question posée etc.
  • Avoir la possibilité de s’isoler.
  • Ne pas se sentir contraint et forcé à participer à une activité de groupe.
  • Respecter leur mutisme, car signe que la situation était en train d’être processée.

J’en profite pour vous partager 1 anecdote vécue, qui est celle qui a ouvert la porte à mes petites connaissances sur les profils dits asperger et qui surtout nous a permis d’en accueillir d’autres, en étant plus en mesure de les accompagner :

Un collégien, 12 ans, diagnostiqué asperger, s’est retrouvé, un midi, totalement chamboulé dans son rituel habituel. Chaque jour, il s’installait à la même table pour manger : face au mur, son bento sorti, chaque jour identique (2 tranches de pain de mie, 4 cornichons, une tranche de jambon, toujours placés pareil, surtout pas assemblés) préparé par ses parents. Un jour, il a été décidé de remoduler l’aménagement de la salle pour faire une grande tablée et manger tous ensemble. Nous étions alors une 20 aine, comprenant élèves et précepteurs. Chacun s’affaire à déplacer tables et chaises, jusqu’au moment où il ne reste plus qu’une table : celle de l’élève en question. Un premier camarade lui demande de se lever, afin que la table soit jointe aux autres, il pourrait ensuite retrouver sa place, si précieuse. Pas un mouvement, il ne sourcille pas. Un autre vient le voir, puis un troisième, jusqu’à ce qu’un quatrième, prenne la table, la soulève, et la positionne 50 cm plus lui que là où elle était. Il se retourne vers notre jeune en lui disant “c’est bon, tu peux te réinstaller”. Imaginez le tout dans une joyeuse cacophonie de tables dressées, de plats réchauffés, d’interpellations d’un bout à l’autre de la salle. 

Notre collégien s’est replié sur lui-même, refusant de se joindre à nous, arrêtant de manger. C’était pour nous, la première fois que nous étions confrontés à pareille situation, et nous n’étions pas encore très informés sur les caractéristiques des profils asperger. Nous avons donc cherché à communiquer avec lui, en vain. Nous avons fini par appeler sa maman, qui nous a suggéré de lui laisser un temps : temps nécessaire à l’infusion de l’ensemble de la situation qui venait d’avoir lieu.

Cela a pris l’ensemble de la pause déjeuner. Désemparée et embêtée que ce qui nous paraissait un simple réaménagement “sans conséquence” l’aie carrément arrêté dans son repas, j’ai essayé de lui poser des questions pour comprendre ce qui lui avait posé problème. Quelle erreur !! Mon flot de paroles, mes questions à la pelle (qui ont normalement vocation à apporter de la nuance, à des reformulations pour palier tous les formats de compréhension) se sont heurtées à un deuxième mur. 

Il a repris ses activités l’après-midi, comme si de rien était : ne pas chambouler les habitudes est certainement ce qui, à ce moment-là, nous a sauvés d’un état de crise ! Le soir nous avons échangé avec la maman qui nous a partagé ce qu’elle savait de son fils asperger. J’en ai profité pour me renseigner plus en détail et adapter mon comportement à ses besoins.

Bien évidemment, ces propos ne sont qu’un minuscule bout de la lorgnette d’une partie de mon expérience : tout est une question de cas par cas, chaque individu ayant sa propre personnalité et évoluant dans un contexte qui lui est propre.

N’hésitez pas à échanger avec nous sur le sujet en commentaires ! Des anecdotes nous en avons un certain nombre puisque sur la cinquantaine d’adolescents en décrochage scolaire à qui nous avons enseigné, nous en avons accompagnés 3 dont nous savions qu’ils étaient asperger et 4 dont nous avions de fortes suspicions et qui ont fini par être diagnostiqués, ce qui fut, pour eux, un grand soulagement car ouvrant sur une nouvelle grille de lecture !

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.