Haut potentiel & décrocheur, c’est possible ?

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Parmi les nombreux préjugés qui courent sur les adolescents en décrochage scolaire, un des premiers touche à l’intelligence. On imagine assez facilement que la difficulté de suivre l’intensité des cours, c’est parce qu’il y a des limitations cognitives. Pourquoi pas. 

C’est le cas de certains des adolescents que j’ai accompagnés. Sauf qu’en fait, ce ne sont pas tant leurs difficultés de compréhension et d’appréhension de leur scolarité qui ont posé problème que la déconstruction induite par le regard de l’autre : celui de harceleur par d’autres adolescents en besoin de se sentir exister ou encore celui, condescendant, du professeur qui pense qu’on ne peut “rien faire de toi”.

Mais passons, aujourd’hui, ce n’est pas d’eux dont je voudrais parler mais bien de ceux qui ont été classifiés haut potentiel (HP), précoce, surdoué, zèbre, multi potentiel. Ceux-là même que l’on a associé à des TDAH (troubles de l’attention et de l’hyperactivité), de l’irrévérence, de l’insolence etc. Ceux, aussi, qui s’ennuient en classe parce que le tout est trop lent, que l’exercice ne fait pas sens même si la compréhension de la mécanique est immédiate. Ceux qui, pourtant, ne “performent” pas pendant les DST. Ceux qui ne sont pas capables d’expliquer leur raisonnement : c’est comme ça, c’est évident, un point c’est tout.

Toutes ces cases si délétères, si réductrices mais tellement à la mode. Comme si la normalité était finalement un handicap. Comme si pour être un bon parent, il fallait traverser des difficultés. Ton fils est dyspraxique ? Ah non mais attends, c’est rien ça, le mien est HP-TDAH, à l’école les profs n’en veulent plus, moi je suis perdu.e, je ne sais plus quoi en faire. J’insiste sur le “en”, comme si tout à coup l’enfant devenait un poids dans notre sac à dos de la vie et qu’on le ballottait de pédo-psy en hypnothérapeute pour comprendre ce qui n’allait pas avec lui.

Et c’est bien là où je veux en venir : oui on peut être “haut potentiel”, “multi-potentiel” (choisissez bien le label qui vous parle le plus, de toutes façons, ce sont tous des coquilles vides, tant qu’ils ne servent pas une compréhension ultérieure de mécanismes développés) et décrocheur. 

L’intelligence n’a jamais fait un bon écolier. La docilité, l’acceptation (soumission au système ?), la peur aussi parfois et bien d’autres biais, quand les explications de l’intérêt d’une scolarisation ne suffisent pas, sont un excellent moteur à rester dans le rang.

Qu’on ne s’y méprenne pas. Je ne suis pas anti-système. Je ne dis pas non plus que tous les élèves passant leurs journées sur les bancs d’école ne sont que des moutons bêlant bêtement à tue-tête les leçons tendrement apprises par coeur. 

J’évoque simplement l’idée qu’un adolescent qui serait “plus vif” que la moyenne (encore faudrait-il discuter des tests effectués et du contexte dans lequel ils sont passés) n’est pas nécessairement voué à être un bon élève : s’appliquant, suivant les consignes sans rechigner, s’adaptant émotionnellement à chaque nouveau professeur et ses travers.

Donc oui, on peut être HP et décrocheur. A fortiori quand on sait que ce diagnostic est principalement accompagné d’injonctions à être et surtout d’un imaginaire des plus catastrophiques pour la construction de l’identité de l’enfant / adolescent. Assez rapidement, l’adolescent diagnostiqué HP, trouvera tout un tas de littérature sur le fait qu’il est “plus intelligent” (alors c’est un peu plus compliqué, laminaire, pas laminaire etc.), que son cerveau fonctionne plus rapidement et peut donc se passer de l’explication qui amène au résultat etc. Et puis, c’est bien trop tentant, en tant que son entourage de louer cette intelligence “supérieure”. 

C’est précisément sur ces points que j’ai croisé des adolescents décrocheurs et considérés “en échec” : ils n’avaient pas réussi à être à la hauteur de la projection que leur entourage avait d’eux, voire-même que celle qu’ils s’étaient créé dans leur imaginaire. Non seulement, ils semblaient être en échec scolaire, ne parvenant pas à obtenir des moyennes suffisantes pour passer à la classe suivant mais en plus, ils se vivaient en échec tout court, celui de la déception. Décevoir l’autre, le parent, se décevoir soi. Une sensation les heurtant tellement que la seule réponse possible à ce tsunami émotionnel en est l’immobilise, l’atavisme.

Et là, BAM, le Terrain ^^

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.