La poésie et le rap : même TerTer

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Faire des études de textes avec des ados décrocheurs de 16-17 ans : ou l’art de la ruse.

De tout ce que j’ai eu à faire en tant que de préceptrice pour ado décrocheurs, je crois que le plus croustillant reste cette histoire de cours de français en seconde.

J’arrivais, naise de ce qu’avait toujours été pour moi le français, le texte, les mots : un monde de rêve et de liberté. Niaise, mais aussi déterminée : il était EVIDENT pour moi qu’il y avait dans ces textes plein d’intelligence, de force, de liberté, FORCÉMENT de quoi réveiller les ados disruptifs en face de moi. 

L’avenir prouva que oui, et non, mais quand même un peu oui-et-non.

J’avais donc choisi dans le programme les textes qui me paraissaient les plus pertinents à leur montrer : des textes forts émotionnellement, voire, avec des partis pris politiques et sociaux. De quoi réveiller l’amour du débat adolescent

Je leur fais écrire les phrases sur les murs, et j’attaque à grands coups de “méthode au service du sens”. Je m’agite, je suis passionnée, je gesticule, les interpelle, leur demande leur avis, ce qu’ils voient, ce qu’ils en pensent.

Et là, la claque.

Parce qu’ils sont bien élevés, je vois bien qu’ils essaient de ne pas me montrer frontalement qu’ils se font chier. 

Pourtant, je vois aussi très bien que d’une certaine façon, ma sincère passion les emporte un peu (c’est là le secret de l’éducation, ce n’est pas nouveau) : ils se saisissent des outils que je leur donne, les essayent sur le texte, donnent leur avis. 

Ils donnent leur avis. Le voilà le sujet. Et ce qu’ils me disent pêle mêle, sonne comme ça : “c’est quand même dit de façon hyper chelou” “put*in, il peut pas dire ça plus simplement ?” “c’est quoi ce mot claqué au sol là” “t’es sûre qu’il veut dire ça le gonz ?” “franchement, le sujet là, c’est dépassé”.

Les textes choisis, dépassés ? les mots obsolètes ? On le sait. Mais je pensais le fond universel moi ! 

Oui, mais non.

Il y a le fond, mais il y a aussi la forme. Et c’est là le coeur du français, le sens de l’analyse de texte : la forme, au service du fond. Et je l’avais oublié.

De tous temps, les auteurs et les artistes se sont relayés pour faire état du monde et du cœur des hommes. Ils utilisaient les armes de leur temps, car le but a toujours été le même : toucher, être juste. Les époques se suivent, et Ronsard n’est pas Baudelaire, qui n’est pas Rimbaud, qui n’est pas Céline. 

Et pourtant, que de mouvement sur le style ! Personne ne viendrait classer en qualité ces auteurs. Tous ont marqué leur temps, tous ont participé à la construction de la pensée de leur époque.

Dans le brouhaha de leurs propos, je leur demande : “dites moi, quels mots vous touchent, vous font réfléchir ?”

Et là, l’unanimité : le rap français.  Mais oui. Les mots de notre temps, les problématiques de notre temps, LA FORME de notre temps. 

Et moi de me souvenir qu’ado, je dansais, rêvais, pleurais, pensais sur Véronique Sanson et Francis Cabrel.

Je les lance sur le sujet, et là devant moi, ça lance des punchlines, ça les commente, ça les analyse, ça réfléchit fort. Le débat est lancé, les points de vue s’affrontent, et devant moi : une néo émission de Bernard Pivot. 

Oui, les ados aiment toujours les mots. Oui, ils sont parfois balbutiants, ne se rendent pas compte des outils littéraires cachés dans leurs punchlines : ils ne savent pas toujours dire pourquoi une phrase les touche, sonne fort. Mais en tout cas, ils décortiquent, pensent.

C’est là que je me rends compte qu’il n’y a qu’une chose à faire : leur donner la boite à outils, mais pour du PNL.

Parce qu’au fond, le rap et la poésie, même Terter.

PS : ne dis pas que le rap c’est du sous français, comme tout et depuis toujours, il y a du facile racoleur et du beau profond. Il faut explorer, l’esprit ouvert. Parce qu’après tout, Rimbaud lui même n’a t-il pas dit : “Il faut être absolument moderne ?”

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.