Ils ont décroché #3, L’histoire de A.

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« J’allais en cours, j’avais des mauvaises notes. Du coup, mes parents m’interdisaient de sortie. Et du coup, je ne pouvais pas voir mes potes. Puis, à un moment, je me suis rendu compte que si tu prenais les libertés par toi-même, beh t’avais de la liberté. Et donc, j’ai continué. Puis j’ai arrêté l’école. J’ai pas arrêté l’école, j’y allais plus. » A.

Au collège, A. a choisi de ne plus aller à l’école. Il met un point d’honneur à souligner cette différence, pour lui, colossale : les décrocheurs sont ceux qui subissent l’arrêt, quelles qu’en soient les raisons.

Ce n’est pas son cas. Lui a choisi de ne plus y aller. Il a choisi, à 14 ans et des brouettes que l’absence de sens était plus forte que les injonctions parentales et sociétales. 

Il a vadrouillé, vécu sa vie, fait des expériences, gagné de l’argent. Un ensemble d’actions qui n’ont pas rendu l’ambition de l’école plus douce à ses yeux. Pourquoi aller à l’école si c’est pour faire des études et de la thune plus tard alors que là, tout de suite, je gagne bien ma vie ? Il n’est pas le seul à s’être posé cette question. Bon nombre des élèves, en décrochage scolaire que j’ai accompagnés dans leur démarche de raccrochage avaient, eux aussi, tâté du doigt des techniques de gain financier, plus ou moins légales et remettaient, de fait, l’Ecole et ses objectifs en question. 

Et pour autant, à 16 ans, A. a souhaité reprendre le chemin des cours. S’il a conscience que personne ne peut lui retirer les acquis de ses années d’errance et d’expériences, il s’est rendu compte que pour mener à bien ses ambitions, l’apprentissage et un diplôme lui seraient nécessaires.

Mais quelles ambitions ? Et c’est bien là, toute la difficulté de raccrocher. Dans son cas, les-dites ambitions ne sont pas claires. Présentes pour faire plaisir aux autres, à sa famille, l’apprentissage en reste vide de sens. Et les années passent, sans pour autant qu’il ait retrouvé la flamme, la curiosité.

Je dois aller en cours, je dois aider mon père à la maison, je dois aller au sport. Je fais pleins trucs que je faisais pas avant. Sur le moment c’est plutôt chiant et après coup ça l’est toujours mais moins. Mais au moins j’ai l’impression d’être utile à quelqu’un d’autre que moi.

Accepter de raccrocher, à savoir reprendre le cours d’une scolarité “standard”, envisager de passer un bac, d’intégrer les bancs de la fac ou une école, serait-il devoir mettre de côté qui l’on est devenu en décrochant ? 

J’ouvre le débat ! Mais si t’es plus lecture que discussion, la suite est par ici !

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.