Hypersensible : l’école, trop difficile ?

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

Hypersensible : qui est d’une sensibilité extrême. Synonyme : hyperémotif.

Hypersensible : adjectif fourre-tout, dévoyé. Parfois utilisé comme arme, insulte. Parfois utilisé à tort et à travers pour justifier de potentielles difficultés à… difficultés à faire, à s’adapter, à rebondir etc.

Comment parler d’hypersensibilité aujourd’hui alors que le mot est sur toutes les bouches, le concept dans toutes les oreilles mais que chacun y associe bien la définition qui lui sied ?

Pourquoi parler d’hypersensibilité quand on cherche à éviter les écueils des cases, circonscrites, limitatrices, à la définition aussi manipulable qu’une pâte à modeler fraîchement sortie de son paquet ?

Peut-être parce que je ne saurais rentrer autrement dans le sujet qui lie une forme de sensibilité exacerbée avec le décrochage.

Parmi la cinquantaine d’élèves que j’ai eu la chance d’accompagner ces quelques dernières années, décrocheurs avertis, décrocheurs définis, décrocheurs établis, décrocheurs engagés, décrocheurs non décrochant, décrocheurs balbutiants, décrocheurs attachants etc., un point revenait assez régulièrement : celui d’une forme d’émotivité, de sensibilité relativement présente et exprimée de bien des manières. 

J’ai souvent eu l’impression que leurs antennes de réception des émotions d’autrui, de l’ambiance d’un lieu avaient un seuil de fréquence plus facilement en alerte. Tu as déjà essayé d’approcher les antennes d’un escargot ? Il n’est nul besoin de les toucher pour qu’elles se rétractent, en alerte, et qu’il se carapate (bon ça reste un escargot, donc la vitesse n’est pas son fort, je te l’accorde !). Bah voilà. Parfois, les schtroumpfs que j’accompagnais, j’avais l’impression que leurs antennes fonctionnaient comme celles des escargots : une rétractation particulièrement rapide à la moindre vibration dissonante de leur besoin profond : celui de calme, de tranquillité, de sérénité.

Appelons cela hypersensibilité, hyperémotivité. Décrions-le comme le bouclier des faibles, louons-le comme la sainte explication des néo-marginaux. Peu importe. 

Le fait est que j’ai pu constater une causalité entre des antennes en éveil et une difficulté à supporter des formes de violences, aujourd’hui encore considérées comme ordinaires et pourtant si délétères. Je pense par exemple à des formes d’humiliation comme le fait d’annoncer la note d’un contrôle devant toute la classe, parfois en enfonçant le clou avec un commentaire cinglant, ou en distribuant les copies de la meilleure à la moins bonne (on est d’accord que c’est du pur sadisme ?!). Je pense aussi à une ambiance pesante qui serait difficile pour quiconque à accueillir, mais particulièrement insupportable pour les ados que j’ai pu accompagner. Et quand je dis insupportable, ça s’incarne par une incapacité de se mettre au travail, de se concentrer, quand bien même l’envie serait là, quand bien même l’envie est là. Comme si tout à coup, l’ensemble du cerveau s’embuait, ne laissant plus aucune place à autre chose qu’à un poids, difficilement verbalisable, car s’il est bien une chose que l’on décrit avec moult difficulté ce sont nos émotions.

Alors, oui, l’hypersensibilité et l’école sont difficilement compatibles. En grande partie car on attend des enfants, des adolescents qu’ils mettent qui ils sont entre parenthèse pour accepter l’ensemble des règles qui leur sont imposées, souvent sans explication. “Laisse tes problèmes au vestiaire”. Sauf que parfois, les problèmes sont justement créés par la situation présente vécue. Et sans une once d’empathie, de bienveillance, de formation des encadrants, c’est le trou noir, le cercle vicieux du repli. Du début des absences pour se protéger des violences ordinaires subies. Sans pour autant parvenir à expliquer pourquoi, toi, cette note annoncée publiquement, quand bien même serait-elle bonne et louerait-elle ton travail, ça te heurte, plus que les autres.

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Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.