Ils ont décroché #7, L’histoire de M.

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Quand décrochage scolaire est synonyme de manque de confiance. J’ai pour habitude, quand on me présente un adolescent dyspraxique, dyscalculique, dyslexique, dyschronique, bref affublé de tous les mots à préfixe dys, d’avoir mes antennes en alerte.

Non pas que certains diagnostics ne soient pas justes, judicieux et pertinents pour proposer un accompagnement adéquat.

J’ai simplement l’impression que l’on plaque parfois un peu facilement du dys sur des enfants, ados qui sont en réalité “dysconfianciques”.

C’est le cas de M rencontrée à sa sortie de 3ème. Une liste de dys longue comme la traîne de la princesse Diana (et si tu es né post années 90, utilise la puissance de l’internet pour saisir la référence), phobies scolaire et sociale bien entérinées, décrocheuse physique, émotionnelle et intellectuelle, avenir incertain. Bref, un tableau peu saillant, une situation peu encourageante.

Et pourtant, M est ingénieuse, astucieuse, un esprit d’une logique imparable, une culture littéraire antique colossale. Les maths c’est pas son truc. Ok. A voir.

Et il se trouve que petit à petit, M se découvre une capacité à entrer en interaction avec d’autres, adultes d’abord, puis à s’intégrer à une groupe de jeunes et se faire des amis. Tiens, la phobie scolaire et sociale quand on lui permet d’aller vers l’autre à son rythme, qu’elle n’est pas en peur d’être humiliée par le rouleau compresseur que peut être l’école.


Ca me fait penser, j’accompagne un schtroumpf de 2nde pendant le confinement et j’ai accès à ses plateformes de connexion. Je m’y balade pour m’y familiariser et là je tombe sur le chat du cours de maths. Qu’elle n’est pas ma surprise quand je vois que le prof félicite “tout le monde d’avoir rendu leur travail à temps sauf F.”. On en parle de cette humiliation sur la place publique ? A quel moment ceci est éthique, pédagogique ou juste intellectuellement acceptable ?

Finie la digression, bien qu’elle illustre, selon moi, à merveille les dérapages nonchalants de supposés professionnels de l’éducation. Alors voilà, M, quand elle n’a pas peur d’être le dégât collatéral d’un professeur maladroit, voire sadique (disons-le, certains le sont), elle se détend. Et elle se raccroche.

Elle prend à nouveau plaisir à travailler, à chercher le fonctionnement qui lui convient. L’envie, la motivation réapparaissent. Et tiens, la dyscalculique semble ne plus avoir de réel problème avec les mathématiques. Elle s’en sort, c’est laborieux car depuis des années elle a creusé un sacré sillon d’auto-conviction (aidée haut et fort par les médecins, profs, les “professionnels” en somme) que les chiffres et elle, ce ne serait jamais possible. Timidement d’abord, avec beaucoup de douceur toujours, elle se penche sur les exercices de maths, rattrape son retard en ne se concentrant que sur les essentiels.

Et puis un projet se dessine. Et de ce projet, l’envie de l’examen qui lui permettra l’orientation adéquate. En l’espace de 3 ans, M est passée du statut de décrocheuse dont on imaginait ne “rien pouvoir faire” à celui de jeune fille dont la motivation est à la hauteur de son ambition. Celle qu’elle a pensé, choyé, dessiné pour elle. Par elle. C’est sa vie. Elle accepte de la vivre.

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Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.