On les a accompagnés #1, L’histoire de R.

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De l’absence de choix au décrochage progressif

Après le succès colossal de notre série #ilsontdécroché, on s’est rendu compte avec Camille que, non seulement on pouvait être la voix de nos schtroumpfs et de leurs histoires, mais que l’on avait aussi une certaine manne pour parler de ce que l’on a pu mettre en place auprès d’eux.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de R. que l’on a accompagné pendant le confinement. Pas labellisé décrocheur pour deux sous et pour autant, il y a de quoi dire. Il n’est pas identifié décrocheur pour la simple et bonne raison que sa présence en cours est régulière et que ses notes sont correctes. Pas de quoi s’affoler. Ses professeurs et ses parents disent de lui qu’il n’a pas de méthodes de travail, pas de sens de l’organisation, ni de l’anticipation ou planification. A distance et se contentant de ces informations, il est aisé de se dire qu’il est dans la norme de l’adolescence. Ok, il n’a pas de facilités particulières à l’école et il ne cherche pas à compenser par un surinvestissement. Mais qui pourrait lui en vouloir ? Ne mettons-nous pas en place les systèmes qui nous conviennent quand nous en ressentons réellement le besoin prégnant ? Jusque là, ça passe, d’une classe à l’autre, sans trop de heurts. 

Mais voilà, R est le petit frère et le cousin d’une ribambelle de joyeux lurons qui ont tous intégré des classes préparatoires. Et il interpelle, dans sa famille élargie, par sa nonchalance, par l’absence de mise en mouvement face à une pression, peut-être pas verbalisée, mais réellement présente.

Pendant notre accompagnement, nous avons identifié que ce que la famille et les professeurs estiment être ses problématiques sont en réalité le symptôme d’une problématique plus ancrée : celle de l’absence d’envie car “de toute façon, on décidera pour lui, comme ça a toujours été le cas”. Et si jusqu’alors, les bouts de ficelle de la scolarité ont tenu, ce constat est révélateur d’une première forme de décrochage : le décrochage émotionnel.

Alors c’est bien joli, mais quand toi tu es missionné pour l’aider à s’organiser, rendre ses devoirs à temps, et de qualité alors qu’en réalité le problème n’est pas là, l’imagination et la créativité pour créer le lien et essayer de lever les irritants sont de mise.

Un premier point très concret que nous avons mis en place a été d’être son scribe. Ca paraît contre-intuitif, surtout dans un accompagnement qui vise à un gain d’autonomie. Mais l’idée était de le faire parler, prendre position, élaborer des choix, argumenter. L’écrit est, dans ce genres de cas, un irritant supplémentaire. Alors, on le questionne, on le challenge, on le pousse à faire des choix, à formuler des envies par rapport au sujet étudié et on écrit tout ce qui sort. Un premier brouillon, très… brouillon, fouillis ! Mais les idées sont posées. Il lui est plus facile à partir de là de trier, organiser, se positionner. Car R fait partie de ces personnes qui ont besoin de se positionner en rapport à. A savoir : élaborer une idée à partir d’un cadre vide ou non clairement établi lui est extrêmement difficile.

Cela a d’ailleurs été un autre champ d’actions : son rapport à la consigne. Tous jusqu’ici s’étaient accordés pour dire qu’il ne comprenait pas les consignes des exercices. En réalité, il ne les accepte pas. Il a besoin de les challenger mais l’Ecole ne lui en laisse pas le temps et lui ne s’engage pas non plus outre mesure pour tenter de pallier ce qui le dérange. Nous avons donc pris le temps de le challenger : qu’est-ce que tu ne trouves pas intéressant dans cette consigne ? Comment l’aurais-tu formulée ? Pourquoi penses-tu qu’elle ait été pensée ainsi ? A force de questionnements, il finit par épuiser (plutôt rapidement) ses arguments contre l’intérêt de la consigne, l’accepter et la respecter. On évite ainsi le hors sujet !

On parle ici d’un accompagnement à distance, où bien évidemment de nombreuses actions sont limitées. Ce sont les deux chantiers que nous avons abordés, bien cachés derrière des années à camoufler les problématiques réelles. 

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.