On les a accompagnés #2, L’histoire de G.

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Dans le cadre de nos activités et des différents formats que nous avons mis en place, il y a le stage de pré-rentrée. Le format n’est pas nouveau mais avec Audrey on a tenté un coup de poker : faire de l’efficace et pédagogique au service du sens et de la confiance en soi pendant une semaine de 9h30 à 16h30. Pari risqué ? Pas tellement. Riche d’enseignement pour nous ? Tellement.

Pour illustrer mes propos j’aimerais revenir sur l’accompagnement  de G, un garçon de 13 ans au profil surprenant. Pour le moins.

Lorsque son programme pédagogique a été établi avec sa mère en amont du stage, il semblait avant tout que G avait un problème avec la consigne : trop brouillon, trop rapide, désorganisé, G lisait vite et mal, passait souvent à côté du sujet. En décalage de plus en plus marqué avec le reste de sa classe, il était mal dans sa scolarité.

Et puis, quelques mots ont été glissés sur le fait qu’il était sûr de lui, qu’il ne reconnaissait pas tellement ses torts et n’acceptait pas forcément les conseils. 

Lors de ma discussion avec lui avant le stage, G me confiait surtout avoir envie qu’on lui transmette des trucs et astuces pour être organisé, pour gagner en efficacité et avancer de façon plus solide. Un petit gars avec la tête sur les épaules, qui répondait à mes questions sans déborder, poli et structuré, le ton calme et mesuré.

Quand le stage a commencé, G s’est révélé observateur et curieux, donnant strictement les réponses nécessaires et ne s’aventurant pas à de l’approximation : il était question de se connaître, soi et sa façon de communiquer et d’apprendre.

G semblait donc être très auditif, comprendre par là (même si cette appellation peut flirter avec des neuromythes) que sa compréhension des choses est meilleure lorsqu’elles sont énoncées ou lues à haute voix.

Question fréquences de communication, G verbalisait être un solitaire, avoir besoin de calme et de solitude. Selon lui, sa lecture des situations et des autres est avant toute chose axée sur la morale. 

La deuxième journée étant axée sur l’étude des matières lui posant des difficultés (dans son cas, Mathématique et Français), l’occasion m’était donc offerte de l’observer travailler, et de le voir agir face à ses difficultés.

Au cours de cette première journée, il est apparu que G faisait preuve d’un excellent esprit de logique, se révélant méticuleux et précis dans l’élaboration de sa pensée et de ses propos.

Mais il m’est surtout apparu qu’en maths, ce n’était pas tant le fond du cours qui était difficile de compréhension que la formulation des théorèmes mathématiques, une relecture attentive et posée à voix haute permettant à G de comprendre bien mieux le sens de la phrase. Sans cette relecture orale minutieuse et répétée, ne comprenant pas le processus attendu, il lui était très difficile de répéter la logique du développement mathématique lors des exercices d’application.

A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose : non pas de la compréhension de la consigne que de l’acceptation de son cadre.

Les jours trois et quatre portaient leur attention sur les méthodes permettant de développer une boîte à outils solide et polyvalente pour aborder l’année à venir, l’idée étant de travailler les grands axes méthodologique du collège pour qu’il aborde l’année confiant et “à jour”. Il était temps d’explorer son rapport à la consigne et au cadre imposé. 

Il est apparu que G a un rapport ambivalent avec la consigne : celles comprises et assimilées ne semblent pas lui poser de problème et il s’y pliait sans objection ni difficulté. Celles non comprises ou le mettant face à ses limites (de compréhension, de connaissances, de méthode) provoquaient en revanche chez lui des réactions d’évitement très fortes. 

Dès lors qu’il était mis face à son évitement et qu’il est questionné sur ses raisons, G élaborait des discours plus ou moins justifiables pour expliquer sa démarche. Lorsqu’il était confronté à l’incohérence de ses arguments et leur non légitimité, il pouvait poursuivre longuement son argumentaire, allant jusqu’à inventer au fur et à mesure de nouvelles raisons, ré-écrivant le contexte et l’histoire.

Pour moi, nous y étions : la peur, gigantesque et totale, de l’erreur. Comme le confirmera plus tard une discussion avec lui, l’erreur – voir, la non excellence – était vécue comme un échec, une remise en cause insupportable et inacceptable de sa propre personne, de sa valeur. 

Le référentiel de valeur de G était celui de la performance, et les notes, ses indices.

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.