Ils ont décroché #14, L’histoire de A.

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La bonne élève. Constante. Souriante. Un peu discrète. Pas première de la classe mais bien dans le premier tiers. L’élève “facile”. Celle que l’on entend rarement, mais qui au moins ne participe pas à l’échauffourée de la “pire classe du bahut”. On a tous été un jour cette pire classe pour un professeur dépassé. Professeur qui lui-même ne remarque pas que cette jeune effacée est elle-même dépassée. 

C’est l’histoire de A., une jeune fille bien sous toutes les coutures diraient les plus désuets d’entre nous, une jeune fille qui fait son brin de chemin entre l’école, l’escrime, les copines, diraient ses parents.

Et puis. La rupture. Pas d’explication apparente. Pas de harcèlement public marqué au fer rouge. Pas de difficultés d’apprentissage. Pas de signe de rébellion. Rien de ce que l’on pourrait attendre d’un profil dit décrocheur. Et pourtant, elle s’enlise, se retrouve hospitalisée. Les questionnements ne cessent de jaillir de toutes parts. Les injonctions également. Les plus dures dira-t-elle plus tard sont les injonctions familiales qu’elle et ses parents subissent. Elle sent bien qu’eux-mêmes cherchent à la protéger et faire tampon mais ne parviennent à s’empêcher -parfois- de penser que peut-être ces injonctions cachent un fond de vérité. Peut-être l’ont-ils laissée trop longtemps à “s’écouter” ? Peut-être sont-ils rentrés dans le jeu d’une fainéantise longtemps camouflée ?

Avec A., se pose la question du comment faire quand on ne rentre dans aucune catégorie normée, admise et acceptée de la difficulté ? Comment faire quand on est l’adolescent.e qui ne fait pas de vague ? Celle ou celui qui est “dans la moyenne”, dont on attend qu’il ou elle se maintienne correctement à flots, sans surprise ? Celle ou celui, qui malgré tout perçoit une pression sous-jacente, indicible ?

Parce qu’il est là le noeud avec A. On l’a découvert en discutant avec elle : la pression. Et derrière elle, la peur de l’échec. Et donc, l’immobilisme. Et pour autant, elle ne se considère pas de ces bêtes à concours, de ces jeunes biberonnés aux exigences de la réussite, marqués par les grands noms de la renommée estudiantine française et attendus au tournant d’un brillant parcours universitaire, sans quoi ils seraient déshérités de l’amour parental.

Non. Ses parents attendent d’elle qu’elle travaille, avec sérieux, fasse de son mieux, s’épanouisse sans trop sortir des sentiers battus. Une éducation qui semble somme toute banale et peu sujette aux critiques si l’on se penche sur les attentes de notre chère société française.

Pourquoi alors, cette pression ? Comment lui a-t-elle été insufflée au point de se mettre en burn out scolaire ? Est-ce un doux mélange d’exigences familiales, de modèles de réussites, d’attentes latentes non verbalisées mais clairement présentes et prégnantes, d’une pression à être moulé dans le corps du parfait petit élève dicté par l’école ? 

Aujourd’hui encore, A. n’a pas les réponses à ces questions. Elle explore des pistes, essaie de déconstruire son rapport à l’apprentissage, à la réussite et à l’échec, identifier les forces qui sont les siennes pour ne pas se laisser à nouveau envahir d’un trop plein qui mettrait à nouveau son corps, sa tête et son coeur en arrêt. 

Et c’est bien là une énième situation de décrochage qui ne fait pas sens, qui ne rentre pas dans une des cases si cliché qu’on les identifie depuis l’autre bout de la muraille de Chine. Et pour autant, elle existe, et demande tout autant d’attention que les autres, car les douleurs ressenties par A. dans la marginalisation qu’elle a subi sont tout aussi réelles que des douleurs de parents manquants, d’accidents de vie, d’absence de sens, de difficultés scolaires si intenses que suivre le rythme en devient impossible.

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Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.