Education : entre hier et demain

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Pédagogie sur-mesure adaptées aux décrocheurs scolaires

“Réinventer l’éducation”. Comment penser l’éducation de demain sans comprendre l’éducation d’aujourd’hui, héritage de celle d’hier ?

Si l’on sait que l’éducation telle qu’elle est exprimée dans nos sociétés occidentales est fille du besoin de la révolution industrielle (entendre produire du banquier, de l’avocat, du sachant en bref, du notable voué à faciliter l’accélération capitaliste de nos vies, de nos systèmes de pensée), il apparaît évident qu’une crise telle que celle que l’on connaît aujourd’hui remet nécessairement en cause le fonctionnement de notre société.

Car pendant ces deux mois de retenue de souffle, quels ont été les métiers en première ligne, considérés comme vitaux ? Le corps médical, massivement représenté par les infirmiers, aides soignants, les personnels de magasins alimentaires et non les notables. Non, nous n’avons pas eu besoin de sachants pour faire vivre, même a minima, la nation française.

Et il est peut-être là le noeud du problème de l’éducation : la position de sachant. Les parents se sont retrouvés dépourvus, à devoir assurer une continuité pédagogique, un rôle pour lequel nombre d’entre eux se sont sentis envahir du syndrome de l’imposteur. Qui suis-je pour remplacer le Professeur ? Comment assurer la passation de connaissances ? Rapidement, une réponse collective à ces questionnements : un flot sans fin de contenus gratuits pour assurer le gavage de nos ouailles. Pardon, l’apprentissage de nos élèves.

Presque tout aussi rapidement, de nombreux messages, sur les réseaux, des appels reçus par l’équipe du Terrain et un constat, glacial : le décrochage. Ce concept jusqu’alors dit de niche, déshumanisé, frappe les familles plus nombreuses les unes que les autres. Car oui, on pense souvent que décrocher signifie ne plus aller en cours. Mais on peut tout aussi bien décrocher émotionnellement et intellectuellement tout en continuant à chauffer les bancs de l’école. Or, avec le confinement, cette dernière n’est plus. Et la montagne de contenus pseudo-numérico-ludico-sursollicitatico n’y fait rien. Au contraire. Et l’injonction du sachant qui attend de l’élève qu’il mette de côté ses peurs, ses angoisses, ses questionnements fait face à un mur. Celui du mutisme. 

Peut-être parce que finalement l’éducation de demain passe par repenser le rapport à l’apprentissage ? Qui de Google ou d’un professeur sera le plus infaillible sur un large contenu de connaissances ? Qui de Google ou d’un professeur sera le plus rapide à retrouver un détail de l’histoire ? Mais qui de Google ou d’un professeur sera à même de saisir l’angoisse de la prise de parole chez un élève et son besoin de rentrer dans l’exercice progressivement ? Qui de Google ou d’un professeur sera en mesure de susciter la curiosité, l’envie d’aller explorer un sujet ?

Si le confinement a mis à jour une faille de l’éducation, c’est peut-être celle-ci : avoir sous-estimé les adolescents en décrochage scolaire. Avoir pensé qu’ils n’étaient que des fainéants, incapables de se contraindre à accepter le système. Car plutôt que de les percevoir comme des êtres défaillants, peut-être faudrait-il les écouter comme les éclaireurs d’un besoin nouveau, qui n’est peut-être finalement pas si isolé, à en croire les chiffres et les inquiétudes gouvernementales quant à la problématique du décrochage.

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.