Ils ont décroché #16, L’histoire de L.

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Dans la catégorie famille extrêmement fortunée, je demande le jeune L., héritier d’un empire dans l’immobilier. 

On n’oserait imaginer que des jeunes de ce pedigree puissent décrocher tant les moyens financiers permettent de mettre en place les formules d’accompagnement les plus originales et adaptées.

Et pourtant, tu liras dans les prochaines parutions de notre saga #ilsontdécroché plusieurs histoires commençant presque toutes de la même manière : pauvre petit fils riche (coeur coeur sur CloClo).

Je me souviens de ma rencontre avec L : officiellement en Terminale ES, devant impérativement obtenir son bac pour pouvoir intégrer une école de commerce, y chauffer les bancs quelques années et reprendre à termes les rênes de l’empire paternel. Il faudra qu’on reparle de la problématique du dépassement du père. Parce que de là où je suis, ça a l’air étouffant, inhibiteur au plus haut degré et clairement sclérosant : 3 des adjectifs qui te donnent le plus confiance dans le fait que si jamais le jeune premier parvient à être à la hauteur académique, il saura diriger les 100 000 ou plus employés de son entreprise. O.M.G.

Il était là, dans la salle, attendant son nouveau professeur d’italien (aka : moi. Oui j’ai été prof d’italien. Je suis médiéviste, spécialisée dans l’étude de la Comédie dantesque. Ouep. Ouep). Brun ténébreux, grand, tenue irréprochable d’adolescent aisé, suffisamment pour ne pas avoir besoin de tomber dans le tape à l’oeil. Il semblait déborder d’assurance. Il semblait aussi rassuré que son nouveau professeur ne soit pas une vieille femme à l’air aigri avec un énorme poireau sur le menton mais une jeune débutante, souriante et en vans. J’ai pris le temps de l’observer (ok, un peu le toiser aussi) : les ongles rongés à ras, le paquet de cigarettes à une longueur de bras, le regard attristé, les coins de sa bouche tremblotant. Bien camouflée, la peine de ne pas être à la hauteur, de ne pas être le bon élu. Car oui, dans ces familles que j’ai rencontrées, comme celle de L, l’enfant est l’élu de la nouvelle génération, le messi du renouveau, celui qui fera asseoir la notoriété familiale par son modernisme. Bien mal lui en prendrait de ne pas respecter les attentes ou les règles. On est dans les sphères de la royauté du capitalisme et la solitude de ce jeune m’a frappée au plus haut point.

Celle où sa propre mère lui annonce la grave maladie de son père en lui expliquant que s’il ne guérit pas c’est parce qu’il se fait beaucoup trop de soucis pour la scolarité de son fils qui n’est pas irréprochable. Et BAM, par dessus toute la pression présente, insidieuse et indicible, la culpabilisation.

Et voilà, un jeune qui a décroché de l’école tôt, à qui l’on a proposé toute forme d’accompagnement, pour qui les bouts de ficelle des compétences académiques ont été tirées à l’extrême pour pouvoir être attachées entre elles. 

Certes, aujourd’hui, il a rejoint l’entreprise de papa. Oui, à aucun moment donné il n’a été question de la peur de ne pouvoir subvenir à ses besoins primaires.

Mais est-il heureux pour autant ? Le décrochage n’est pas une affaire de classe sociale, le bonheur non plus.

Intrigué par nos histoire ? Celle d’avant est par ici

One thought on “Ils ont décroché #16, L’histoire de L.

  1. […] un peu comme L. dont je t’ai parlé ici, est l’héritier d’une famille extrêmement fortunée. Pas juste riche. Extrêmement fortunée. […]

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.