Ils ont décroché #21, L’histoire de E.

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Sanguin, aristo et coeur d’artichaut

Comment accompagner un adolescent qui n’a jamais connu aucune limite, aucun cadre et pour qui tout est dû, dans l’immédiateté et l’impulsion du moment ? Comment accompagner ce même adolescent quand ses parents sont à la fois si dépassés qu’ils en arrivent à vouloir te déléguer l’essence même de leur rôle de parent tout en ne parvenant pas à lâcher prise et de fait, à saboter les tentatives que tu cherches à mettre en place ?

C’est l’histoire d’E. Grand brun, ténébreux, fougueux, maîtrisant comme peu la langue de Molière et ses charmes désuets, dragueur : bon nombre des atouts du BCBG parisien par excellence. D’apparence, à l’opposé du profil cliché que l’on pourrait se faire du décrocheur. Et pourtant d’établissement en établissement, son taux d’absentéisme n’a cessé d’augmenter. Le sale gosse, la tête à claque dont la colère bouillonnante ne semblait avoir d’égal que son colossal égo. Mais voilà, derrière l’aristo imbu de lui-même, le petit garçon. Celui qui a besoin d’écoute, d’attention. Pas celle que l’on aurait pu imaginer, déplacée. Non celle toute simple d’un repas en famille où personne ne se lève au bout de 5 minutes pour répondre au téléphone. Celle d’un temps entre père et fils où sont partagées les passions de l’un et de l’autre. Celle d’un cadre rassurant où rentrer le soir à la maison après les cours n’est pas synonyme de solitude.

Et face à cela de constater que les parents, premiers critiques des mauvaises habitudes de leur fils, n’étaient pas capables de faire ce premier pas vers lui. “Il doit nous montrer qu’il mérite notre attention. A bout, nous sommes à bout de ses colères, de son non respect”. Je comprends cette peine qui était la leur. Je ne comprends, en revanche pas, que face à sa mise en mouvement, face à ses balbutiements de drapeau blanc, ils se soient mis à bouder. Oui. Bouder. Comme si la tension une fois apaisée, ils pouvaient se laisser aller à leurs instincts premiers : oeil pour oeil, dent pour dent. Or, il me semble essentiel de rappeler, quelques soient les difficultés rencontrées avec son enfant / son adolescent, qu’il reste l’enfant et le parent reste l’adulte. 

En cela, nous avons proposé des séances de médiation pour que les efforts de E. ne soient pas vains et que tout le travail effectué ne soit pas perdu par une incapacité de ses parents à prendre du recul et accepter qu’ils étaient également responsables de la relation avec leur fils. Nous avons également élaboré, main dans la main avec lui, des stratégies pour désamorcer ses crises de colères, justifiées ou non, afin de réapaiser les relations familiales. Justifiées étant le mot clef de cette phrase. C’est avec tristesse que je me suis trop souvent rendu compte que nous étions amenés à proposer aux jeunes que nous avons accompagnés d’être les plus adultes de la relation : les parents étant arrivés à un épuisement tel qu’ils n’étaient plus en mesure de prendre des décisions rationnelles. Exemple chez E. qui, alors qu’il était un soir à son bureau en train de réviser un DST s’est vu passer une soufflante colossale parce qu’il n’était pas assez impliqué dans son travail. Je ne suis pas, mais alors pas du tout, pour passer des soufflantes. Je n’en vois tout simplement pas l’intérêt. Mais si c’est le mode de fonctionnement de la personne, ou ce qui sort dans une certaine situation, bon bah on fait avec mais alors les gars, quand même, faut un peu faire gaffe au timing. Il n’y a rien de pire que d’engu**ler quelqu’un qui fait des efforts pour les efforts qu’il n’a pas fournis par le passé. Tu la vois toi la dissonance cognitive que tu crées chez ton gosse ?!

Aujourd’hui E. prépare son bac, essaie de composer tant bien que mal avec sa famille, de retrouver des moments de partage qui leur soient doux à chacun. Et surtout, il accepte que derrière la carapace de sanguin colérique qu’il s’était construite, c’est un vrai tendre et que non, ce n’est pas une faiblesse.

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Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.