Ils ont décroché #22, L’histoire de O.

Le Terrain > Blog > Ils ont décroché #22, L’histoire de O.

L’assurance de la nonchalance ou celui qui n’était pas passé loin.

O., sa dégaine de skater, ses boucles blondes ébouriffées, ses yeux bleus, grands ouverts sur la découverte du monde, ses cigarettes roulées, sa politesse, son savoir parler et son indolence face à sa scolarité. C’est courant 1ère L que je l’ai rencontré. Des notes pas terribles, une sacré nonchalance et un père inquiet. Inquiet de ses absences qui commencent à s’accumuler. Inquiet de son absence d’envie et de motivation. Inquiet de son inertie face au vaste sujet de son orientation.

O. a des potes, des parents divorcés mais somme toute en bonne entente, un petit frère qui ne l’exaspère pas trop : en somme, une vie posée. Comme pas mal de ses potes, l’école c’est le lieu des retrouvailles, des discussions enflammées au cours desquelles on refait le monde, des partis pris, de ces moments de philosophie tels qu’on sait les vivre dans l’insouciance de l’adolescence. Et pour autant, tout cet enthousiasme ne suffit pas à le faire passer la porte de la salle de classe. Plus souvent absent que présent, plus souvent à l’extérieur des grilles du bahut qu’à l’intérieur, O. fait face aux autorités scolaires et le bilan tombe : si ses résultats ainsi que son taux de présence n’augmentent pas, il dégage. Et même cette menace, qui en ferait trembler plus d’un, n’ébranle pas sa certitude : l’école n’a pas de sens. Le contenu pourrait être intéressant mais le format obsolète : O. ne s’y retrouve pas, d’autant qu’on attend de lui une forme de passion pour les lettres, puisqu’il est en filière littéraire, qui ne vient jamais. O. est un touche à tout, moult sujets l’intéressent mais aucun sous le format canonique présenté par l’école. 

Son père, le voyant s’enfoncer dans son inertie et surtout perdre la flamme de ses intérêts divers et variés, écoute son fils, vraiment. Il comprend alors que ce format scolaire l’étouffe et que ce n’est pas un simple caprice. Pour autant, il souhaite que son fils passe son bac (après tout ce n’est qu’un 1 an ½ à tenir) afin d’aller vers d’autres aventures estudiantines dans lesquelles il sent qu’il pourrait s’épanouir. C’est là que nous avons fait leur rencontre.

O. est comme beaucoup d’élèves que j’ai rencontrés : un aficionados de l’anecdote, de la discussion informelle. C’est de cette manière qu’il apprend le mieux. Je l’ai essentiellement accompagné sur la préparation de son bac de français et lui raconter les auteurs, leur vie, les enjeux de leurs écrits dans leur époque, faire le lien avec des anecdotes et comment leur pensée serait perçue de nos jours et surtout lui offrir la possibilité de donner son avis, son point de vue lui a permis de raccrocher avec la discipline. C’est non sans fierté que je l’ai vu sortir de son immobilisme académique, des rendus de copie blanche pour se saisir des mes conseils de marabout de la littérature comme il aimait à le dire et se voir attribuer un 12/20 à l’écrit et un 18/20 à l’oral. Le tout en 5 mois !

Et si l’on arrêtait de penser que rares sont les élèves qui fonctionnent à l’affectif et qui ont besoin de ludique et de légèreté dans leurs apprentissages ?!

Next ? Sanguin, aristo & coeur d’artichaut, c’est par ici.

One thought on “Ils ont décroché #22, L’histoire de O.

  1. […] Un autre épisode plus léger et enthousiasmant ? C’est par ici. […]

Répondre à Ils ont décroché #23, L’histoire de M. – Le Terrain Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le mot des fondatrices

Salut !

Nous, c’est Audrey & Camille. Après avoir accompagné des ados en décrochage scolaire dans une école, on s’est lancées dans l’aventure d’entreprendre dans l’éducation.

On sort du sujet de l’académique pour réfléchir à comment remettre du sens au coeur de l’apprentissage afin qu’il soit à nouveau perçu comme utile par des générations qui transcendent l’accès à la connaissance tel qu’on a pu le connaître.